Veillée de prière pour la vie 2015

soutien famille

Mardi 1er décembre 2015 à 20 h 30,
à l’ Église de Savigné l’Évêque

a eu lieu la veillée de prière pour la vie 2015….les photos et la prière universelle

 

Prière Universelle

Pour ceux qui nous ont donné la vie au prix de générosité et de sacrifices,

Pour les couples qui sont meurtris de ne pouvoir accueillir un enfant,

Pour les parents qui peinent dans l’éducation de leurs enfants,

Pour les parents qui sont inquiets durant le temps de la grossesse,

Pour les parents qui accueillent la vie d’un enfant handicapé et pour ceux qui le redoutent,

Pour les personnes âgées qui se sentent inutiles et qui cherchent un sens à leur vieillesse,

Pour ceux qui veulent mettre fin à leur vie,

Pour ceux qui ne croient pas en la vie éternelle,

Pour les visiteurs dans nos hôpitaux ou nos maisons de retraite,

Pour nos prêtres, religieux et religieuses âgés qui nous ont annoncé l’Évangile de la vie,

Pour tous les jeunes qui n’ont pas la chance d’être entourés d’éducateurs de la vie,

Pour tous les militaires et policiers qui protègent nos vies,

Pour que nous soyons des missionnaires de la Miséricorde.

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Témoin

Bonsoir; je suis soignant comme beaucoup d’entre vous, qui êtes membre de cette grande corporation des soignants à travers toutes sortes de métier.

On m’a demandé de vous partager les liens que je vis entre ma foi de chrétien et mon exercice professionnel.

 

Je crois d’abord que le Seigneur me demande de le servir là où je suis comme médecin généraliste en l’occurrence.

Nous sommes tous confrontés à toutes sortes de situations, parfois joyeuses comme l’arrivée d’un enfant, parfois dramatique comme la mort, l’annonce ou la prise charge d’une maladie très grave.

 

Au début de ma vie professionnelle j’étais absorbé par la vie familiale, les enfants, l’installation.

Il m’a fallu du temps pour progresser dans tous ces domaines, tant dans la vie familiale que professionnelle et plus encore peut-être dans ma vie de foi, c’est à dire dans ma relation personnelle avec le Seigneur.

 

Il m’a fallu du temps pour prendre pleinement conscience de l’importance, de la force de ce lien entre ma vie de foi et ma vie professionnelle, (avec la vie familiale aussi mais ce n’est pas notre thème ce soir), l’une nourrissant l’autre;

et il y a là pour moi une lente conversion incessante.

Mon métier et mon cheminement notamment en action catholique avec mon épouse m’ont beaucoup aidé.

Une question nous taraude souvent « qu’est-ce qu’un chrétien fait de mieux qu’un autre, qu’est-ce que je dois faire de plus ».

Et bien maintenant je serai tenté de dire paisiblement: rien.

Nous connaissons tous des soignants athées extraordinaires d’humanité, pleinement homme à l’image du Christ et  je remercie Dieu pour la joie de les connaitre.

 

Je pense à telle aide-soignante si proche des personnes handicapées, dépendantes, si douce et respectueuse à travers les gestes de la toilette, de l’habillage, des changes répétés jour après jour.

 

Comme au poker, je ne peux que dire « pas mieux »!

 

Vivre ma foi au Christ, au Christ serviteur, ce n’est donc pas faire mieux (mais il ne m’est pas interdit d’essayer!); c’est de savoir que je le rencontre LUI, à travers la personne qui souffre, et au delà d’un savoir, de le vivre réellement, d’être « en amour avec le Christ » comme diraient nos cousins canadiens.

 

Le métier de soignant est ainsi pour moi la mission que me confie le Seigneur au fil de toutes ces années et un des moyens par lesquels je suis, un petit peu, en communion avec lui.

Et cela passe par la prière, une prière puissamment incarnée par la grâce de ce métier qui est fait de rencontres.

 

Vous allez dire que ce n’est pas très concret et je voudrais donc vous partager quelques rencontres récentes:

 

Méfions-nous de notre prière (c’est une boutade…) parce que Dieu répond souvent (certain diront qu’il répond toujours mais avec l’âge je deviens un peu dur d’oreille!) mais il répond rarement comme je l’attend.

 

L’année dernière la secrétaire m’appelle pendant une consultation pour me dire que monsieur X vient d’arriver, très énervé, qu’il insulte le corps médical, crie qu’il va porter plainte, que nous n’allons pas nous en tirer comme ça etc.

Par chance je terminais une consultation et je viens le chercher pour l’exfiltrer de la salle d’attente.

Il reprend ses propos très agressifs et je laisse un peu passer l’orage en priant le Seigneur de m’aider à sortir de cette situation.

 

Il se trouve que cet homme, fils unique, est handicapé physique avec quelques troubles mentaux et pas mal de troubles du caractère et qu’il vient de perdre sa maman morte à l’hôpital avec laquelle il avait toujours vécu.

Et voilà qu’il termine sa diatribe en me disant « de toute façon c’est bien fait pour vous, vous n’êtes plus mon médecin et je ne reviendrai jamais ici ».

Et moi de penser « je ne sais pas quel médecin va vouloir d’un tel zèbre, mais voilà ma chance: il part ».

Je veux lui dire qu’il est parfaitement libre et que, puisque c’est son choix, au revoir Monsieur.

Et je m’entend lui dire « c’est dommage monsieur X parce que moi je vous aime bien »…

Et bien pour moi, c’est l’Esprit Saint qui m’a fait dire cela. Car en plus c’est vrai je l’aime bien…

 

Et la situation se détend un peu, il me dit qu’en fait ce n’est pas vraiment contre moi qu’il en a.

Nous nous quittons un peu fraichement mais un peu apaisés tous les deux… et il vient toujours:

le Seigneur m’a demandé de continuer à m’occuper de lui comme d’un frère fragile.

 

Il y a des moments plus dramatiques bien sûr.

Il y a quelques jours on me demande d’aller chez un jeune couple que je ne connaissais pas, signer le certificat de décès de leur fils de 6 ans mort à la maison d’une longue maladie.

Tout de suite je ressens une tension terrible malgré l’absence de cris et de pleurs.

Cette maman me sommait en quelque sorte de faire les papiers administratifs et de partir.

Elle en voulait à tout le corps médical qui « avait torturé son fils ».

Aucun échange possible entre nous. Elle n’était qu’une boule de douleur et j’avais l’impression d’être dans le faux calme de l’œil d’un cyclone de détresse.

J’étais incapable de parler, juste envie de pleurer, muet devant une souffrance insupportable.

Je me disais que j’étais comme Marie et Jean au pied de la croix.

 

Après coup je me suis rappelé ma visite à Florence au couvent San Marco. Certains d’entre vous connaissent ce lieu célèbre pour les fresques de Fra-Angélico. Dans la plus part des cellules des novices est représenté le Christ en croix, perdant son sang avec au pied saint Dominique en contemplation.

Pour moi, ma foi c’est ça aussi:

  • Etre en communion avec le Christ à travers ces personnes, cette maman et ce papa, et leur petit garçon mort sur leur lit, comme crucifiés tous les trois.
  • Et aussi dans ma prière à la maison, à l’église, contempler la croix du Christ amoureux de nous tous, de moi, jusqu’à mourir pour nous, pour moi.

Et devant ce mystère de la souffrance, j’ai relu ce psaume que nous disons régulièrement au cours de la prière des heures, et que je dédiais dans mon cœur à cette maman:

 

Que tombe de mes yeux mes larmes, 

sans arrêter ni le jour ni la nuit!

 

Elle est blessée d’une grande blessure, 

la fille de mon peuple, 

meurtrie d’une plaie profonde. 

 

Même le prêtre, même le prophète

qui parcourt le pays ne comprend pas. 

 

Nous attendions la paix et rien de bon!

le temps du remède et voici l’épouvante!

 

Rappelle-toi Seigneur: 

ne rompt pas ton alliance avec nous!

 

Et vous voyez combien cette prière de Jérémie est d’actualité à travers les évènements dramatiques que nous vivons aussi bien dans notre vie de soignants que de citoyens.

 

Dans ma vie professionnelle je vis ma foi dans ce lien fort entre rencontre avec les personnes et rencontre avec le Christ et c’est la prière et la participation à l’Eucharistie qui me le dévoilent.

 

J’aime beaucoup cette parabole du bon samaritain où je fais la lecture dans les deux sens: Jésus me demande d’être qui?

  • il me demande d’être à l’image de ce bon samaritain plein de sollicitude et d’affection, de miséricorde pour mon prochain souffrant
  • il me demande aussi, me semble-t-il, à l’image de cet homme sans nom, mal traité et à demi mort de mes péchés, d’accepter la miséricorde du Seigneur qui me soigne
  • avec de l’huile (et je ne peux m’empêcher de faire le lien avec mon baptême et avec le sacrement des malades),
  • et avec du vin, je fais le lien avec l’Eucharistie.

 

Pour moi soignant soucieux des malades, est-ce que j’accepte que Jésus soit soucieux de moi, ce qui veux dire, pour moi, reconnaitre que j’ai besoin de Lui, et dire comme le répète le pèlerin russe: Jésus sauveur, prend pitié de moi pauvre pécheur. 

 

Mais je terminerai par cette prière (d’un mystique rhénan du XIV ème siècle) que vous connaissez probablement, et je pense à nous tous soignants qui travaillons avec nos pieds, nos mains, notre bouche et notre cœur en nous demandant comment être apôtres de miséricorde et missionnaires au cours de cette nouvelle année à l’invitation de notre pape François:

 

Notre Dieu n’a pas de mains, il n’a que nos mains pour construire

le monde d’aujourd’hui.

 

Notre Dieu n’a pas de pieds, il n’a que nos pieds pour conduire les hommes sur son chemin

 

Notre Dieu n’a pas de voix, il n’a que nos voix pour parler

de Lui aux hommes

 

Notre Dieu n’a pas de forces, il n’a que nos forces pour mettre

les hommes à ses côtés

 

Nous sommes la seule Bible que les hommes lisent encore

Nous sommes la dernière parole de Dieu

l’Evangile qui s’écrit aujourd’hui 

Dominique